Découvrez l'essentiel du mouvement réaliste : son histoire, ses caractéristiques, les sujets de prédilections, ses représentants principaux, les œuvres emblématiques, etc.
Le réalisme en un coup d'œil
Cliquer pour agrandir
Le réalisme : qu'est-ce que c'est ?
Le réalisme est un mouvement artistique et littéraire qui apparaît vers 1850 en France, dans un contexte historique marqué par les bouleversements sociaux dus à :
- la Révolution industrielle qui bouleverse les modes de production, impose des conditions de travail difficiles pour tous, y compris femmes et enfants, accélère l’urbanisation, et fait émerger de nouvelles classes sociales;
- la Révolution de 1848 qui exprime la révolte des citoyens pour plus de liberté, de démocratie et de justice sociale.
Le réalisme émerge également en réaction au romantisme. Ce dernier, marqué par l'expression des sentiments, l'attrait pour le fantastique, l'irrationnel ou l'imaginaire, est jugé trop idéaliste par certains artistes, qui souhaitent privilégier une reproduction fidèle et précise de la réalité du monde et de l'époque. Champfleury, critique d'art et ami du peintre Gustave Courbet, est le porte-parole du mouvement, auteur du Réalisme, et grand défenseur de Courbet.
"Le fond du réalisme, c'est la négation de l'idéal"
Gustave Courbet, chef de file du mouvement
Enfin, dès 1826, l'invention de la photographie qui enregistre instantanément la réalité, de manière objective, influence la peinture. Elle conduit les peintres à se libérer des conventions académiques et à explorer de nouvelles façons de représenter le monde.
Que ce soit en littérature ou en peinture, les réalistes souhaitent représenter des scènes de la vie quotidienne sans fard, afin de traduire la réalité le plus fidèlement possible : c'est un art engagé qui témoigne d'une époque et dénonce les inégalités sociales et les conditions de vie difficiles.
-
Le Musée d'Orsay propose une une série « Orsay en mouvements » tournée au sein des collections du musée. Cette courte vidéo présente le réalisme à travers notamment le tableau "Un enterrement à Ornans" (1849-1850) de Gustave Courbet.
https://www.youtube.com/watch?v=Y8yWHgPguQo&list=PLwUa6C-N-kpbLKhHtm-gXj1k2VW4GT6KT&index=3
Les caractéristiques du réalisme
Le réalisme opère une rupture avec les règles du passé, une transgression des codes académiques. Les caractéristiques du réalisme littéraire comme pictural sont :
- la recherche du vrai,
- un intérêt pour les gens du peuple, les gens ordinaires, les scènes banales,
- la représentation de scènes de la vie quotidienne, du monde paysan,
- la misère de la vie parisienne,
- la dénonciation des injustices sociales,
- la critique de la bourgeoisie,
- l'amour de la vérité.
Le réalisme en littérature
En littérature, le réalisme se manifeste au milieu du XIXe siècle avec des auteurs comme Honoré de Balzac ou Stendhal. Ils cherchent à montrer la vie telle qu'elle est. Ils ont un sens aigu de l'observation, qui leur permet d'être le plus objectif possible : cela se traduit par des descriptions détaillées, souvent longues. Le vocabulaire est précis et concret, il ancre les personnages dans un cadre réel, des lieux et une Histoire.
Les formes littéraires sont des romans ou des nouvelles, qui retracent parfois des fresques, ou des sagas, peuplées non pas de héros, mais de personnages ordinaires, issus de toutes les classes sociales, avec leurs qualités mais aussi tous leurs défauts. Dans sa Comédie Humaine (environ 90 volumes et plus de 2500 personnages) Balzac s'attache à décrire toute la société française. Il dépeint des personnages, comme des archétypes de la société : l'avare, l'ambitieux, la provinciale, la coquette, l'aristocrate, etc.
"Mon ouvrage a sa géographie comme il a sa généalogie et ses familles, ses lieux et ses choses, ses personnes et ses faits ; comme il a son armorial, ses nobles et ses bourgeois, ses artisans et ses paysans, ses politiques et ses dandies, son armée, tout son monde enfin !"
Balzac - Avant-propos de la Comédie Humaine
Zola quant à lui pousse le réalisme encore plus loin et adopte une véritable démarche de scientifique : ses personnages sont des sujets d'étude. Comme un scientifique, il observe, décrit le réel et ensuite analyse les rouages de la société. La fresque des Rougon-Macquart est marquée par l'analyse objective de phénomènes tels que l'hérédité ou l'alcoolisme.
"Mon œuvre sera moins sociale que scientifique. Balzac, à l'aide de trois mille figures, veut faire l'histoire des mœurs ; il base cette histoire sur la religion et la royauté. Toute sa science consiste à dire qu'il y a des avocats, des oisifs, etc. comme il y a des chiens, des loups, etc. En un mot, son œuvre veut être le miroir de la société contemporaine.
Mon œuvre, à moi, sera tout autre chose. Le cadre en sera plus restreint. Je ne veux pas peindre la société contemporaine, mais une seule famille, en montrant le jeu de la “race modifiée” par les milieux."
Émile Zola - "Différence entre Balzac et moi"
Le sous-titre des Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, et le terme "milieu" employé à plusieurs reprise dans "Différence entre Balzac et moi", manifestent clairement sa volonté d'agir en scientifique. Émile Zola est considéré comme le père du naturalisme.
De nombreux thèmes traversent les romans ou nouvelles réalistes :
- l'apprentissage de la vie,
- l'initiation amoureuse,
- l'adultère,
- les mécanismes familiaux, sociaux ou économiques,
- la misère,
- la satire de la bourgeoisie, injustice et critique sociales en général,
- la domination de l'argent dans les relations familiales ou sociales,
- l'ambition, l'ascension sociale,
- Paris,
- l'hypocrisie, etc.
-
Balzac s’est donné pour objectif, dans La Comédie Humaine, d’analyser les rapports sociaux. Mais comment comprendre les relations de deux personnes, si l’on ne sait pas qui elles sont, où elles habitent, quelles sont leurs habitudes, de quels milieux elles sont issues, comment elles se sont rencontrées, quel est leur métier, leur rapport à l’argent, comment elles s’habillent, d’où elles sont originaires géographiquement ? (d'après www.paris.fr/ )
https://www.maisondebalzac.paris.fr/ressources/pedagogiques/les-portraits-selon-balzac-creer-representer-illustrer
Le réalisme en peinture
"L'Enterrement à Ornans" de Gustave Courbet (entre 1849 et 1850), est considéré comme le manifeste du réalisme. Ce grand format de 7 mètres sur 3 fait scandale : en effet, jusqu'à présent les grands formats sont réservés à des scènes historiques, mythologiques ou religieuses. Avec cette scène banale, Courbet déroge aux codes de la hiérarchie des genres. La galerie de ses personnages ornanais est traitée de manière brute, loin des héros de la mythologie : ils sont laids !
"Tout est bon à peindre, sans hiérarchie"
"Soyons vrais, même si nous sommes laids"
Gustave Courbet
Comme les auteurs, les peintres réalistes se confrontent au réel, ils peignent le monde contemporain qui les entoure avec des touches franches et visibles, parfois au couteau comme Courbet.
Jean-François Millet peint le monde paysan dont il est issu, et pour lequel il garde un profond attachement : L'Angelus, Un Semeur, Un Vanneur, Des Glaneuses, Des Botteleuses de foin, etc. Dès 1849, il s'installe à Barbizon et devient l'un des pionniers de l'École de Barbizon, qui travaillent en plein air, d'après nature, dans la veine réaliste.
Rosa Bonheur quant à elle, excelle dans la peinture animalière. Comme Zola, elle travaille avec une grande rigueur scientifique : elle étudie l'anatomie des animaux par de nombreuses esquisses, dessins d'observation dans les abattoirs, croquis sur le motif, etc.
Honoré Daumier, souvent connu pour ses caricatures, est également un grand peintre qui s'attache à dépeindre le cadre urbain du Paris de son époque à travers de nombreuses scènes de rue : il dénonce la misère qui y fait rage, la rudesse du travail quotidien des blanchisseuses, ouvriers, porteurs d'eau, chanteurs de rue, saltimbanques, etc.
-
Le musée d'Orsay présente "Un enterrement à Ornans" de Gustave Courbet. C'est à la fin de l'été 1849 que Courbet s'attaque à son premier tableau monumental. Il souhaite en faire son "exposé de principe" et exprime son ambition en intitulant l'oeuvre "Tableau de figures humaines, historique d'un enterrement à Ornans". Une bibliographie, placée en "Notice détaillée" complète cette présentation. (D'après www.musee-orsay.fr)
http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/peinture/commentaire_id/un-enterrement-a-ornans-130.html?tx_commentaire_pi1[pidLi]=509&tx_commentaire_pi1[from]=841&cHash=d78869173a -
L'Angélus de Millet : la classe paysanne, un sujet ordinaire, pour une œuvre extraordinaire ? Émotion ou révolution ? C'est ce que propose de nous faire découvrir le site Panorama de l'art.
https://www.panoramadelart.com/angelus-jean-francois-millet
Les figures et œuvres emblématiques du réalisme
Les écrivains réalistes emblématiques :
- Honoré de Balzac : La Comédie Humaine, une fresque romanesque qui décrit une histoire complète de la société française de la Révolution à la monarchie de Juillet, en explorant ses mécanismes sociaux, ses passions et ses travers.
- Gustave Flaubert : Madame Bovary, mœurs de province narre l'ennui et l'insatisfaction d'une femme adultère dans la Normandie du XIXe siècle. L'Éducation sentimentale, roman d'apprentissage en partie autobiographique.
- Guy de Maupassant : Une Vie, premier roman de Maupassant, influencé par Flaubert, dépeint la condition des femmes dans la société bourgeoise du XIXe siècle, ainsi que la cruauté des illusions perdues. Bel-Ami, deuxième roman de Maupassant raconte l'ascension sociale d'un provincial sans scrupule débarqué à Paris.
- Stendhal : Le Rouge et le Noir retrace le parcours de Julien Sorel, jeune ambitieux issu d’un milieu modeste, qui tente de s’élever dans la société post-napoléonienne.
- Les Frères Goncourt
- Émile Zola : Les Rougon-Macquart vaste fresque naturaliste en vingt romans qui explore, à travers l’histoire d’une même famille sous le Second Empire, les déterminismes héréditaires et sociaux.
Les peintres réalistes emblématiques :
- Gustave Courbet : Un Enterrement à Ornans, L'Origine du Monde, L'Atelier du peintre
- Rosa Bonheur : Le Marché aux chevaux
- Jean-François Millet : L'Angélus, Un Vanneur
- Honoré Daumier : La Blanchisseuse
- Alfred Stevens : Ce qu'on appelle le vagabondage



