Le pleinairisme en un coup d'œil
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Le pleinairisme, qu'est-ce que c'est ?
Quelle est cette l'école dite "de plein air" à laquelle Émile Zola fait allusion à plusieurs reprises dans son roman L’Œuvre, quatorzième volume de la série des Rougon-Macquart ?
"Le plein air, ça les amuse ! reprit-il. Soit ! puisqu'ils le veulent, le plein air, l'école du plair air ! ... Hein ? c'était entre nous, ça n'existait pas, hier, en dehors de quelques peintres. Et voilà qu'ils lancent le mot, ce sont eux qui fondent l'école... Oh ! je veux bien, moi. Va pour l'école du plein air! "
Claude Lantier, jeune peintre pleinairiste du roman de Zola
La peinture de plein air, ou pleinairisme, est une pratique artistique qui consiste à peindre en extérieur, directement face au motif.
Longtemps simple décor d'une scène mythologique, religieuse ou historique, le paysage s'impose au XVIIe siècle comme genre et sujet à part entière. Il reste cependant considéré comme un genre mineur. Soumis à des conventions académiques strictes, le paysage est idéalisé et recomposé de mémoire en atelier. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, il n'est pas rare que les artistes réalisent des croquis ou des aquarelles rapides sur le vif, en extérieur, mais ce ne sont que des études préparatoires à une œuvre qui sera ensuite achevée en atelier.
C'est le cas notamment d'artistes anglais tels Richard Parkes Bonington, John Constable ou William Turner. Avec ses paysages brumeux, vaporeux ou lumineux, ce dernier influencera un des maîtres du pleinairisme, Claude Monet.
Comme le souligne Michel Laclotte dans Dictionnaire de la peinture, La Peinture occidentale du moyen-âge à nos jours :
"Corot est l’apôtre du « plein-airisme »"
Camille Corot est en effet l'un des premiers à se rendre dans la région de Fontainebleau pour y peindre la nature sur le vif. Il est bientôt rejoint par d'autres artistes, tels que Théodore Caruelle d'Aligny, Narcisse Díaz de la Peña, Charles-François Daubigny, Théodore Rousseau, Jean-François Millet, etc. Ces peintres de l'École de Barbizon ouvrent la voie du pleinairisme.
Eugène Boudin, surnommé le "Roi des ciels" par Camille Corot, peut lui aussi être considéré comme l'un des pères du mouvement.
"Trois coups de pinceau d'après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet"
Eugène Boudin - Carnet de jeunesse
Les impressionnistes, à la suite d'Eugène Boudin, portent le mouvement à son apogée et en font le principe fondateur de leur esthétique.
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Un dossier sur le paysage pour distinguer le paysage classique, réaliste, le pleinairisme, le paysage mythologique, le paysage exotique... à partir d'oeuvres du Musée Magnin de Dijon.
https://musee-magnin.fr/sites/magnin/files/dossier_paysage_et_pleinairisme.pdf -
Le Musée d'Orsay propose une série « Orsay en mouvements » tournée au sein des collections du musée. Cette courte vidéo présente l'École de Barbizon (1820-1875) qui réunit des peintres autour de la forêt de Fontainebleau. Cette peinture de plein air se focalise sur le paysage, une vision réaliste de la nature .
https://youtu.be/_leGqKobJfc
Une révolution technique et esthétique
Des innovations techniques majeures ont contribué à l'essor de cette pratique nouvelle :
- L'invention du tube de peinture souple, en étain pliable, que l'on refermait avec une pince, puis avec un bouchon à pas de vis. Auparavant, les peintres conservaient leurs couleurs dans des vessies de porc, peu pratiques à transporter, et dont la peinture ne se conservait que peu de temps une fois percées.
- L'invention de chevalets légers et portables, mais aussi de parasols et de sièges pliables.
- L'aménagement d'ateliers mobiles : afin d'être au plus près de leurs sujets, les peintres rivalisent d'imagination. Félix Ziem aménage une "espèce de grande voiture semblable à celle des saltimbanques. Cette voiture était bien aménagée et les panneaux mobiles s'ouvraient quand on voulait, pour permettre de travailler d'après nature dans cet atelier ambulant, sans sortir de son domicile" (Le vieux Barbizon : souvenirs de jeunesse d'un paysagiste, 1852-1875 / J.-G. Gassies). Charles-François Daubigny quant à lui, imagine un bateau-atelier, nommé Le Botin. Monet s'inspire certainement de cette idée vers 1873 lorsqu'il fait construire son atelier flottant. Jean-Pierre Hoschedé, son beau-fils, raconte :
"(Monet) avait, pour être tranquille et être chez lui, acheté un bout de pré à l’embouchure de l’Epte, appelé Ile aux Orties, [...]. Là était en permanence le gros bateau avec cabine qu’il avait fait construire quand il était à Argenteuil sur les conseils de son ami Caillebotte et dont il se servait pour peindre sur la Seine et au milieu d’elle."
- Le développement des chemins de fer qui facilite l'accès à la campagne (forêt de Fontainebleau, vallée du Loing ou du Morin, etc.) aux bords de Seine ou aux côtes normandes.
Peindre en plein air n'est pas qu'une révolution technique, c'est également une révolution esthétique.
Cette nouvelle pratique traverse plusieurs mouvements (École de Barbizon, réalisme, impressionnisme) dont les esthétiques sont parfois très différentes. Cependant, tous ces artistes cherchent à saisir l'instant et portent une attention particulière aux variations de la lumière et de l'atmosphère. Cela implique une nouvelle manière de peindre :
- Des formats souvent de petite taille, plus faciles à transporter et à réaliser rapidement.
- Une touche plus libre, plus rapide, avec des traits de pinceau apparents. Le peintre doit en effet travailler rapidement, avant que la lumière ne change.
- Une palette claire et lumineuse : hors des ateliers sombres, l'intensité des couleurs est redécouverte. Elles sont souvent utilisées pures.
- Les ombres prennent des couleurs bleutées ou violacées, le noir se fait plus rare sur la palette.
- La lumière est le véritable sujet : les peintres cherchent à capturer ses variations selon les saisons ou les heures de la journée, ou encore selon les conditions météorologiques. La série de la Cathédrale de Rouen ou celle des Meules de Claude Monet en sont de beaux exemples.
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À partir du XIXe siècle, des peintres souhaitant peindre au cœur du paysage, quittent l’atelier pour le travail en plein air, dans un mouvement d’une ampleur inédite. Suivons ces artistes, dans le quotidien de leur métier, afin de comprendre les conditions qui ont rendu possible cette transhumance…
https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/peindre-le-paysage-en-plein-air-22
Les sujets de prédilection du pleinairisme
Les pleinairistes prennent bien souvent la nature comme sujet principal :
- La campagne : forêts, bords de rivières, champs, etc.
- La mer et les ports : reflets sur l'eau, bateaux, brume, fumée, etc.
- Les jardins : fleurs, allées ombragées, jeux de lumière à travers les feuillages, etc.
Ils s'intéressent également à la vie moderne et urbaine :
- Les gares et les trains;
- Les cafés et les bals;
- Les rues animées.
Ils peuvent également représenter des personnages, mais ce ne sont plus les portraits classiques d'atelier. Ils sont représentés dans leur environnement naturel :
- Paysans,
- Baigneurs, promeneurs,
- Portraits en extérieur.
Les artistes majeurs du pleinairisme
Les peintres de Barbizon qui quittent Paris pour s'installer en forêt de Fontainebleau, ouvrent la voie:
- Camille Corot, Paysanne en forêt de Fontainebleau (1830-1832), Le Concert champêtre (1857)
- Jean-François Millet, L’Angélus ou Les Glaneuses (vers 1857)
- Félix Ziem :
- Théodore Rousseau :
- Charles-François Daubigny, La Neige (1873) un de ses derniers tableaux, qui montre son goût pour les paysages, la volonté de représenter la nature au fil des saisons, sa capacité à traduire la lumière de l'hiver : il annonce l'impressionnisme.
- Alexandre René Veron, Le Quai des tanneries à Crécy-en-Brie (1871).
- Amédée Servin, "Maître de la Vallée du Morin" et fondateur de la communauté artistique de Villiers-sur-Morin, Le Tir à l'arc à Villiers-sur-Morin (vers 1884).
- Franck Cinot, peintre majeur de la Vallée du Morin, L'Abreuvoir rue de la Halle, (1870-1890)
Des peintres réalistes comme :
Les impressionnistes, guidés par Eugène Boudin, poussent le pleinairisme à son sommet :
- Claude Monet
- Pierre-Auguste Renoir, Bal du Moulin de la Galette, La Balançoire.
- Édouard Manet, Le Déjeuner sur l'herbe
- Berthe Morisot
- Camille Pissarro, La meule, soleil couchant, Éragny, 1895
- Alfred Sisley, Le Loing à Saint-Mammès, 1885
Des post-impressionnistes
- Vincent Van Gogh, La Nuit étoilée, 1888
- Paul Cézanne, Les Peupliers, 1880
- Georges Seurat, Un Dimanche à la Grande Jatte, 1884


